SOMMAIRE

INTRODUCTION

Espagne

 

FRANCE

 

ITALIE

 

MAROC

 

TUNISIE

Cette année, à notre grand regret, les représentants du Portugal et de l'Algérie n'ont pas pu représenter leur pays.

 

 

INTRODUCTION

Le mot du Président :

Chers amis du liège,

(…) Merci à toutes et à tous très sincèrement pour votre présence, pour être venus aussi nombreux à ce Xème anniversaire de Vivexpo, ce qui dépasse toutes nos espérances. (…) Merci à tous les intervenants dont certains viennent de loin et je vais vous les présenter.

 

Pour l'Espagne dont la délégation est très forte et nous en sommes heureux et fiers à la fois :

Je saluerai également la présence d'un ami corse Jean-Christophe Giuliani, responsable à l'ODARC Corse Sud (Office du Développement Agricole et Rural de Corse).

Je terminerai en excusant, à notre grand regret José Cobra, portugais, secrétaire général de la Confédération Européenne du Liège, retenu à Madrid par une réunion du Conseil de l'Europe, et João Posser de Andrade, certainement le plus gros producteur de liège au Portugal, retenu au dernier moment, au chevet de sa mère souffrante. (…)

Merci encore à tous ceux qui ont permis de réaliser ce colloque.

 

Jacques Arnaudiès, Président de l'Institut Méditerranéen du Liège

 

 

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Espagne

Angela Garrote Florencio

ADENEX

 

PRESERVATION DE LA BIODIVERSITE ET DU PAYSAGE

La suberaie, lorsqu'elle est bien conservée, constitue un des écosystèmes naturels les plus complexes et développés du territoire méditerranéen.

Un des facteurs remarquables de ces écosystèmes, est l'influence et la transformation que l'homme a exercés séculairement sur elles, de sorte que ce que nous observons aujourd'hui, ce sont seulement des bosquets intercalés dans des maquis ou des pâturages pour les chevaux, provoqués par une intervention humaine répétée.

L'importance de la dégradation (résultat de l'exploitation de gland, de bois et de liège) est telle que, même le caractère monospécifique ou mixte de beaucoup de formations peut faire l'objet de controverses.

Dans leur état naturel, il est très probable que ces écosystèmes forestiers méditerranéens présentent une grande diversité dans la strate arbustive, puisque les formations mixtes de plusieurs Quercus sont abondantes, tels que l'arbousier, le laurier tin, le troêne ou les alaternes et même le caroubier.

Des études réalisées dans des chênaies suggèrent de multiples mécanismes d'adaptation aux conditions climatoédifiques méditerranéennes particulières.

Les forêts sclérophylles à Quercus Suber ont une grande singularité fonctionnelle, puisqu'elles sont adaptées à un stress climatique multiple, qui se définit par un froid hivernal, une irrégularité pluviométrique et une coïncidence de la période de sécheresse maximum avec de très hautes températures. Du point de vue édaphique, le manque de nutriments agit comme facteur qui contribue aussi à renforcer sa forte personnalité. De telle sorte que tous les mécanismes fonctionnels qui surgissent dans cette forêt sont amenés à maintenir un contrôle rigoureux pour l'économie hydrique et des nutriments, parfaitement adaptés au climat et au sol.

Mais pour que tout ce procédé atteigne son état actuel, des milliers, des millions d'années d'évolution ont été nécessaires pour la conservation d'un équilibre fragile, donnant comme résultat, notre forêt méditerranéenne riche et variée.

De même, pour que cet écosystème, appelé suberaie, puisse disposer des moyens nécessaires pour faire face aux éventualités qui se présentent à lui, en assurant ainsi sa survie, il est nécessaire de maintenir un écosystème divers ; mais la biodiversité (richesse biologique d'une zone déterminée) ne se base pas seulement sur le nombre d'animaux et de plantes dans ses diverses formes, mais elle intègre aussi la proportion et la qualité des inter-relations entre la faune et la flore de cet écosystème. Il n'est pas question de quantité mais de qualité, de telle manière que la diversité biologique nécessite, de tous ses composants, la dose appropriée.

Dans un lointain passé, les actions de l'homme sur la nature étaient insignifiantes comparé aux processus dominants de la nature, mais actuellement cette tendance est inversée et pour preuve, le changement climatique ou la destruction de la couche d'ozone.

L'exploitation rationnelle de nos suberaies fait partie intégrante du développement économique. L'activité en suberaie est une source de revenus importante pour une partie de la population, afin que celle-ci atteigne un niveau de vie compatible avec la société dans laquelle nous vivons ; ce développement doit être centré sur les personnes mais il doit aussi être basé sur la conservation des écosystèmes, si nous ne protégeons pas les structures, les fonctions et la diversité des systèmes naturels de la Planète (ceux pour lesquels nous dépendons mais aussi les autres espèces), le développement diminuera et disparaîtra. Nous devons donc pratiquer une forme de guide durable et prudent des ressources naturelles de la Terre, sinon nous priverons l'Humanité de ses possibilités futures. Le développement ne doit pas être réalisé aux dépens d'autres groupes ou de générations futures, ni menacer la survie des autres espèces.

En plus de la diversité des écosystèmes, beaucoup d'autres expressions de la biodiversité sont à prendre en compte :

La diversité culturelle humaine pourrait être aussi considérée comme faisant partie de la biodiversité, puisque cette diversité aide les personnes à s'adapter à la variation de l'environnement.

Nombreux sont les facteurs qui influent sur la détérioration de la biodiversité :

La conservation de la Biodiversité de l'écosystème de la Forêt Méditerranéenne, passe par l'exploitation de façon durable et rationnelle, de ses ressources, qui font que d'un côté on obtienne un bénéfice économique désirable et de l'autre côté, on préserve l'environnement.

La gestion durable de ce type d'écosystème devra inclure les principaux processus humains tels que :

de sorte que la forêt ne se dégrade pas et ne voit pas ses ressources s'amoindrir de manière irrécupérable. Joint à ça, le maintien des niches écologiques, tels que certains arbres (têtes et troncs), le bois mort (troncs morts sur pied, bois au sol et trous) et les autres habitats (roches, points d'eau, maquis, substrat herbacé, sol), qui comptabilise d'importantes variétés animales et de végétales et qui fait de ce type de forêt, un des plus riches en biodiversité dans le milieu méditerranéen.

En même temps, le paysage provoqué profite de la condition de patrimoine culturel commun. Face à la détérioration continue de la nature, qui paraissait prendre soin d'elle, inaltérable et indestructible, une préoccupation apparaît devant la possible disparition dudit paysage culturel.

Les paysages culturels représentent les travaux combinés de la nature et de l'homme. Ils reflètent l'évolution de la société humaine et des coutumes au fil du temps, sous l'influence de déterminants physiques, et/ou des opportunités présentées par son environnement naturel, associées aux forces sociales, économiques et culturelles successives, aussi bien externes qu'internes.

Elles ont pour habitude de refléter des techniques spécifiques de culture de maintien, en considérant les caractéristiques et les limites de l'environnement naturel dans lequel elles se sont établies, en relation spécifique avec la nature. La protection des paysages culturels peut contribuer aux techniques modernes de culture de maintien, et doit soutenir ou valoriser les facteurs naturels dans le paysage.

Certaines suberaies bien conservées, peuvent être considérées comme un paysage culturel, puisqu'elles peuvent représenter un travail combiné de la nature et de l'homme, résultant des conséquences d'impératifs sociaux et économiques. C'est un paysage continue, qui garde un rôle social actif dans la société contemporaine, étroitement lié avec un style de vie traditionnel, présentant une évidence matérielle significative de son développement dans le temps.

De nos jours, les valeurs naturelles sont considérées comme une ressource économique, pas seulement parce qu'on peut en profiter par des activités productives, mais parce que de plus en plus, dans la société moderne, la demande de tourisme vert s'accroît, et l'environnement se converti en un bien économique sur le marché.

L'équilibre entre agriculture et environnement est nécessaire et désirable, d'une manière spéciale dans des endroits où la grande valeur naturelle et paysagère rend indispensable cette dualité pour préserver les richesses naturelles.

Angela Garrote Florencio. ADENEX.

 

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Espagne

Pedro Marco Macarró

IPROCOR

 

PROPOSITIONS POUR UNE CAMPAGNE DE SENSIBILISATION
DE L'OPINION PUBLIQUE ET DES INSTITUTIONS
SUR LES VALEURS ECOLOGIQUES DE LA SUBERAIE ET DU LIEGE

 

 

La suberaie fait partie essentielle d'un écosystème unique dans le monde, et le liège est un produit avec de grands avantages écologiques. L'industrie du bouchon de liège est une activité propre et compatible avec la nature, qui de plus représente un rôle clé dans la conservation de ce paysage, la forêt méditerranéene.

Mais, est-ce que la société et la majorité des consommateurs des Etats-Unis, d'Australie, d'Amérique du Sud, du Japon ou du Royaume-Uni le savent ? Ou même, les sociétés de nos pays, en dehors des régions de production, sont bien informées sur les valeurs écologiques du Chêne-liège et du liège ?

Non. Si nous parlons en termes globaux, mondiaux, comme ça correspond à une activité qui dépend absolument du marché mondial des bouchons de liège, la société et la plupart des consommateurs ne connaissent pas les avantages écologiques qu'apporte l'utilisation du liège. Et s'ils ne les connaissent pas, ils ne peuvent pas les apprécier.

Dans les 6 dernières années, l'industrie du bouchon de liège souffre des attaques très agressives de la part des nouvelles industries du bouchon en plastique, qui ont fait de forts investissements dans des campagnes de publicité qui prétendent convaincre les consommateurs du monde entier, spécialement ceux des pays anglosaxons, que le liège contamine les vins.

Celle du liège est une industrie traditionnelle, qui peut être un bon modèle d'activité industrielle compatible avec la conservation de la nature, surtout parce qu'elle se destine à transformer une matière première naturelle et renouvelable.

Mais pour cette même raison, elle a aussi une structure de coûts très rigide, et il lui est difficile d'être compétitif au niveau des prix avec les industries qui fabriquent des produits synthétiques, comme cela s'est produit dans le marché des isolements et comme il arrive maintenant avec les bouchons de plastique, parce qu'ils obtiennent leurs produits à des coûts économiques très bas et ils obtiennent des bénéfices très grands, quoique avec d'énormes coûts environnementaux.

Dans cette guerre publicitaire des multinationales du plastique contre cette petite et vieille industrie des pays méditerranéens, les valeurs écologiques du Chêne-liège et du liège peuvent être un argument clé en faveur du liège : à notre époque, les considérations environnementales ont une importance chaque fois plus grande pour les consommateurs de tout le monde, et dans le processus de prise de décisions des institutions.

Mais pour sensibiliser la société et pour qu'elle connaisse les avantages écologiques du liège, il faut leur communiquer cette information : il faut faire savoir que le liège est un produit naturel, renouvelable et recyclable, que l'industrie du liège est un modièle d'activité industrielle propre et compatible avec la nature, et qu'elle rend durable et favorise la conservation d'un écosystème et un paysage uniques, qui produisent en plus une bonne partie de l'oxygène de cette partie du monde.

Pour cette raison, IPROCOR veut proposer la planification d'une campagne de sensibilisation de l'opinion publique et les institutions sur les valeurs écologiques de la suberaie et du liège. Une campagne pour laquelle nous devons solliciter l'appui de toutes les entreprises et institutions qui font partie du secteur du liège, et la collaboration de tous les collectifs intéressés dans la conservation de la suberaie et de l'industrie du liège.

Les deux objectifs essentiels que nous proposons pour la campagne sont :

Et pour réussir cela, nous proposons quatre mesures concrètes :

Le secteur du liège ne donne pas l'importance qu'il se doit aux avantages écologiques du liège dans ses actions de communication avec la société. Si nous analysons le contenu de la publicité des entreprises du liège, ou la plupart des actions de vulgarisation et de communication qu'organisent les associations et organismes sectoriels, nous verrons que le secteur du liège investi presque tous ses efforts de communication dans le thème de la qualité, convaincre les consommateurs que les accusations de l'industrie du plastique ne sont pas vraies. C'est à ça que se sont dédiés le projet d'investigation Quercus, le système d'accréditation SYSTECODE, et la campagne de communication qu'est en train de faire CE Liège.

C'est bien d'assurer la qualité des bouchons de liège et de le communiquer aux consommateurs. Mais il faut se rendre compte que ce type de communication nous montre un secteur du liège sur la défensive, qui essaye de rejeter les attaques publicitaires de l'industrie de bouchon de plastique.

Si nous concentrons nos efforts de communication pour informer l'opinion publique de l'importance écologique de la suberaie et du liège, nous réussirons non seulement à gagner la sympathie des consommateurs et de la société, mais en plus nous pourrons inverser les rôles avec l'industrie du plastique, et ce seront eux qui devront se mettre sur la défensive, pour se défendre de la comparaison de la balance écologique du bouchon de liège avec celle du bouchon de plastique.

IPROCOR pense qu'il est très important de proposer ce débat à la société sur tous les niveaux et par toutes les voies. Et nous allons recommander aux entreprises et associations du secteur qu'elles utilisent l'argument écologique dans leur publicité et dans toutes leurs actions de communication.

Nous devons donner l'information aux consommateurs de tout le monde pour qu'ils sachent qu'en achetant un vin bouché avec du liège ils contribuent à la conservation d'un écosystème, de paysages et de formes de vie uniques dans le monde.

Et pourquoi pas, nous pouvons aussi et je crois que nous devons répondre aux mensonges publicitaires de l'industrie des bouchons de plastique simplement avec la vérité : en rappelant aux consommateurs que le plastique est un produit synthétique, pas naturel, pas biodégradable, que sa production est très polluante, que son incinération produit des substances toxiques, et que on ne connaît toujours pas les effets sur la santé du plastique au contact des aliments.

Il existe une étude scientifique qui compare la balance écologique du bouchon de liège avec le bouchon à vis d'aluminium, qui fut réalisé par l'Institut Ecologique de Fribourg (Allemagne) en 1996. Les résultats sont clairement favorables pour le liège sur tous les points de vue, depuis la consommation d'énergie jusqu'à l'émission de substances contaminantes pour l'atmosphère. L'étude fait pourtant une critique importante pour le liège : il est recyclable, mais on ne le recycle pas.

Il n'y a pas d'études similaires qui analysent la balance écologique du bouchon de plastique. Nous croyons que les résultats de cette étude auraient beaucoup d'intérêt pour l'industrie du liège et pour les consommateurs, et c'est pour cela que nous allons solliciter la CE Liège pour qu'elle appuie la réalisation de ce projet d'investigation.

Il n'y a pas non plus d'études qui analysent en profondeur les effets sur la santé du plastique au contact des aliments, et il est difficile de les étudier parce que quelques fois on ignore même la composition exacte des produits de plastique. Nous croyons que c'est une autre voie de recherche qu'il faut promouvoir, et il faut demander aux autorités sanitaires et de consommation qu'elles étudient à fond les effets des plastiques sur la santé avant d'autoriser l'introduction de nouveaux produits de plastique sur le marché.

Actuellement, les consommateurs ne peuvent pas savoir quel type de fermeture comportent les bouteilles de vin, et pourtant ils ne peuvent prendre en compte cette information quand ils vont choisir une bouteille dans les rayons. Pour des raisons environnementales et aussi pour des raisons de santé, les consommateurs doivent avoir la possibilité de connaître quel type de bouchon a chaque bouteille de vin, avant de décider laquelle ils vont acheter.

Il y a déjà une initiative proposée dans cette direction, pui peut amener des résultats bientôt : le Conseil d'Europe a crée un Groupe Ad Hoc d'experts sur le liège comme matériel en contact avec les aliments, dont fait partie IPROCOR, qui a fait une recommandation au Conseil pour que dans l'étiquetage des vins on indique s'ils sont bouchés avec du liège ou avec d'autres produits.

C'est une initiative que nous devons appuyer et qui peut être appliquée à d'autres produits de liège, pas seulement au bouchon.

Le recyclage des produits usés est une épreuve en suspens de toute la société, et aussi du secteur du liège, un produit qui est parfaitement recyclable mais qu'on ne recycle pas parce que ce n'est pas une activité rentable économiquement. Mais le recyclage du verre ou des papiers usés est-il rentable ?

Le recyclage du liège servirait à réutiliser le liège et à ne pas augmenter le problème d'accumulation d'ordures que nous avons dans le monde, pour que l'industrie du liège réussisse à être et puisse se présenter devant la société comme une industrie absolument intègre et compatible avec l'environnement, mais aussi, et je veux attirer l'attention sur ça, elle pourrait être un grand moyen de communication pour vulgariser dans la société les valeurs écologiques du liège.

Il y a quelques initiatives de recyclage du liège dans divers pays, mais je veux mettre en avant surtout l'expérience qui est en train de se développer en Allemagne depuis quelques années pour le recyclage des bouchons de liège usagés et leur réutilisation pour la production d'isolants de liège pour la construction.

Des groupes écologistes et autres collectivités urbaines, appuyées par les autorités de l'Etat de Hambourg, ont mis en marche cette initiative avec une campagne de vulgarisation dans les écoles de la région sur les valeurs écologiques du liège et l'importance du recyclage, et ont organisé des concours et des prix pour stimuler la récolte.

Plus de 8000 enfants ont participé à la campagne de récolte, et ont fait que leurs parents et leurs familles participent aussi. En peu de temps, on a installé des sacs pour la récolte des bouchons usagés dans toutes les écoles et presque tous les supermarchés de la région. Des entreprises de distribution s'occupent gratuitement du transport de ces sacs des points de récolte jusqu'aux centres où l'on triture les bouchons pour produire du granulé, en échange du droit d'utiliser leur collaboration dans la campagne pour leur propre publicité. Et finalement le liège se triture dans des centres de handicapés, qui vendent le granulé comme isolant pour la construction.

Cette expérience qui a débuté dans l'Etat de Hambourg s'est déjà étendue à presque toute l'Allemagne, et il y a déjà trois centres dédiés à la trituration des bouchons, qui donnent des emplois à une trentaine de handicapés.

Mais, en plus de çà, la campagne de recyclage de bouchons survie telle un magnifique moyen de communication pour sensibiliser toute la société allemane, au travers de sa participation dans le processus de recyclage, sur les valeurs écologiques de la suberaie et du liège.

Pour cela, nous croyons que tout le secteur du liège doit appuyer et stimuler les initiatives pour le recyclage des bouchons usagés dans tout le monde. Ce n'est pas uneactivité rentable économiquement, mais c'est une activité qui intéresse la société et qui intéresse le secteur du liège.

 

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Espagne

Ramón Santiago Beltrán

IPROCOR

 

Suberaies, biodiversité et production de liège

Introduction

Les suberaies sont des forêts pouvant être constituées de plusieurs essences arborescentes méditerranéennes avec un caractère relique subtropical marqué. Ce sont des forêts propres à la Méditerranée occidentale, qui requièrent une certaine humidité environnementale et qui ne tolèrent pas un froid excessif. Ce sont des forêts témoins d'un passé plus chaud et humide, qui ont leur origine à la fin de l'ère tertiaire, où le chêne-liège vivait dans un climat que nous pourrions nommer de subtropical avec un peu de sécheresse estivale.

Les suberaies mûres sont des forêts sclérophylles denses (fcc>80 %) et moyennement hautes (15 – 20 m) où la strate arbustive est dominée non seulement par le Quercus Suber, mais aussi par beaucoup d'autres espèces, principalement :

parmi lesquelles, sans arriver à de très grandes tailles, peuvent atteindre les chênes-lièges, dans la strate arbustive.

Cette strate arbustive, sub-arbustive, composée de végétaux ligneux en strate haute, moyenne et basse, avec quelques herbacées vivaces et annuelles, enlacées parfois par une série de lianes, fait que les suberaies mûres sont des masses quasi-impénétrables avec l'aspect d'authentiques jungles, pouvant servir de refuge à de nombreuses espèces végétales et animales très intéressantes et peu abondantes :

D'un autre côté, l'aire subéricole est très variée : les suberaies se développent dans une grande diversité de variantes du climat méditerranéen (dans plus de 10 enceintes phytoclimatiques différentes selon la classification de Allué) ; la variété édafique est aussi très grande (ces forêts sont présentes dans plus de 7 groupes différents de sols selon la classification FAO) ; la diversité du litofaciès (substrat rocher sur lequel se développe un sol) sur laquelle elles s'installent est aussi importante (surtout de nature siliceuse mais aussi calcaire) ; et la géomorphologie et le relief des localités de suberaies donnent lieu à des paysages très variés, depuis les plaines littorales jusqu'à la haute montagne.

Interactions suberaies – hommes

Les suberaies ont été, depuis l'antiquité, des forêts exploitées par l'homme : sans aucun doute le liège est le principal profit de ces forêts mais, celles-ci possèdent également d'autres ressources. L'extraction de bois, de charbon, de liège mâle et de la mère du chêne-liège ont été l'une d'elles.

Ces produits sont issus des tailles effectuées sur les chênes-lièges ou de l'abattage de l'arbre entier. Souvent les ébranchages ont été abusifs afin de rentabiliser l'extraction de ces produits. Ces élagages excessifs sont néfastes pour le développement de l'arbre, l'affaiblissant et le rendant plus sensible à la sécheresse, et aux maladies. De plus, la forte éclaircie des houppiers entraîne une invasion du sous-étage par des espèces héliophiles qui dégradent la suberaie (en diminuant la production de liège et de gland).

Le bétail a aussi été un autre profit des suberaies : dans beaucoup de cas, la suberaie a été éclaircie, et le sous-bois a été remplacé par une prairie stationnelle, changeant radicalement la physionomie de la suberaie mûre en la transformant en une forêt plutôt claire, dans le but de profiter de l'herbe pour le pâturage et dans certains cas des glands.

Parfois, l'utilisation du feu, pour essayer de produire la repousse de l'herbe après l'incendie, était pratiquée. Le feu n'était pas mis directement à la suberaie, mais seulement dans des broussailles aux alentours. C'est ensuite qu'il pouvait se propager à la forêt, créant des blessures conséquentes aux arbres malgré la forte adaptation de cette forêt, à se défendre contre d'éventuels incendies.

De par cette adaptation des suberaies aux incendies (le liège est ignifuge et isolant thermique), le chêne-liège et beaucoup d'autres espèces repoussent vigoureusement après le passage d'un feu. La dissémination abondante d'autres végétaux est en quelque sorte conditionnée par la faible périodicité de ces incendies naturels ; l'homme a fait que cette périodicité augmente énormément, de manière à ce que la suberaie commence tout juste à panser ses blessures, quand elle se voit affectée par un nouvel incendie. Ces feux répétés ont transformé de nombreuses suberaies en broussailles très dégradées.

Mis à part cette origine citée, les incendies ont de multiples causes, presque toutes d'origine anthropique : brûlures dues à des chaumes, des querelles, des inattentions, des négligences, etc… et très rarement les orages en sont l'origine.

Les reboisements forestiers ont aussi atteint ces forêts : dans toute son aire, nous avons des cas de suberaies reboisées avec des eucalyptus et des pins ; ces repeuplements ont été effectués normalement dans des suberaies dégradées. Cependant, il aurait été plus convenable, du point de vue de la conservation du patrimoine et de l'économie à moyen et à long terme, de régénérer l'ancienne suberaie.

La chasse est une autre des activités qui se pratiquent dans les suberaies. C'est peut-être une des activités les moins négatives, puisque c'est un fait, les zones de suberaies où l'on pratique les principales formes de chasse offrent un niveau de maturité plus élevé que dans le reste des ensembles des autres forêts de chêne-liège. Ceci est du à la conservation, plus ou moins importante, de la strate arbustive et donc d'un sous-bois servant principalement de refuge de chasse pour le gibier.

 

La récolte du liège est sans aucun doute l'activité la plus fréquente en suberaie : cette activité a pour habitude de modifier les suberaies en réduisant le sous-bois. Cependant elle comporte certains aspects positifs du point de vue de la conservation :

L'apiculture est une autre des utilisations communes dans les suberaies, profitant du grand nombre d'espèces mellifères et surtout des broussailles issues de sa dégradation ; c'est une activité qui ne porte aucun préjudice à la suberaie, et qui est au contraire bénéfique, car elle facilite la pollinisation de nombreuses espèces de son cortège floristique.

L'agriculture est sans aucun doute la plus nocive pour ces forêts : dans le meilleur des cas on éclaircit la zone boisée suffisamment pour permettre la mécanisation du terrain et éliminer le reste de la végétation en la substituant par des cultures agricoles, de manière à ce qu'il reste une suberaie éclaircie sur des cultures agricoles ou quelques chênes-lièges au milieu des cultures. Dans les cas les plus extrêmes, toute trace de vieille forêt disparaît, en laissant uniquement la culture agricole.

D'autres actions humaines qui provoquent la dégradation des suberaies sont : le tourisme (excursions, zones très visitées les week-ends, …) l'urbanisation, et la pollution (pluies acides, rejets toxiques, …).

De toutes les activités en suberaie, c'est sans doute celle du liège qui valorise le plus les forêts de chêne-liège, en apportant à ces formations végétales méditerranéennes une certaine rentabilité d'un point de vue économique. Les avantages que présente l'écorçage sont basiquement économiques, sociaux et environnementaux. L'écorçage suppose une activité économique de premier ordre dans les lieux où il se développe, en tenant compte d'une grande quantité de main d'œuvre et en fixant une population stable dans l'environnement des suberaies. Cette population se préoccupe de la survie de ces bois qui sont, en bonne partie, responsables aussi de leur maintien ; les suberaies sont les forêts méditerranéennes qui ont perdu le moins de surface, là où elles sont exploitées régulièrement. De cette façon, l'extraction du liège représente une sauvegarde pour les suberaies, en maintenant des bois avec un degré élevé de maturité par ce type de profit.

L'intervention humaine crée une mosaïque dans le paysage, constituée :

Ces forêts, travaillées par l'homme, accueillent une bonne partie de la faune et de la flore originelle, mais également d'autres espèces qui utilisent les suberaies comme refuge et qui s'alimentent dans les broussailles, les pâturages et les cultures limitrophes. L'intervention humaine paraît bénéfique pour le maintien de la biodiversité. Au contraire, dans les zones où les suberaies sont abandonnées (surtout en ce qui concerne l'extraction du liège), la superficie de la suberaie diminue progressivement, du fait du feu, des maladies et des plaies, entraînant ainsi la disparition d'une bonne partie de la flore et la faune inféodée, surtout parmi les espèces les plus fragiles.

 

Le Code International de Bonnes Pratiques Subéricoles

La production de liège doit tenir compte des tendances de l'industrie, responsable de la valeur économique du liège, puisqu'en définitive, c'est le débouché final de la récolte. Ces dernières années, l'industrie du liège a souffert de l'attaque frontale de l'industrie du plastique. Une des réactions à cette attaque a été la réalisation par CE-Liège du Code International de Bonnes Pratiques Bouchonnières (SYSTECODE). Ce code assure la production de bouchons de qualité optimale, et a été adopté en très peu de temps par la majeure partie de l'industrie mondiale du liège.

Mais les exigences de qualité ne sont pas exclusives à l'industrie : le secteur production de liège est également responsable de la qualité finale du produit noble de la suberaie : le bouchon naturel. Pour cette raison, l'Institut CMC appuyé par CE-Liège, est en train de promouvoir la mise en place d'un Code International de Bonnes Pratiques Subéricoles. Le champ d'application de ce Code sera le Chêne-liège dans les différents écosystèmes que l'on peut rencontrer sur sa répartition naturelle. Il sera spécialement destiné aux exploitations avec une extension minimale qui permet la mise en pratique des recommandations qui s'expriment ici. Ce Code contiendra, une fois élaboré, :

    1. les pratiques habituelles + la législation en vigueur sur les champs d'application forestiers, sanitaires, professionnels, environnementaux et fiscaux.
    2. de meilleures recommandations (le Code ou CE-Liège) avec des exemples d'actions et d'exclusions.

L'objectif principal de ce Code est d'encourager le développement durable des suberaies, en favorisant l'augmentation de la production de liège en qualité et quantité. Cependant il sera un moteur pour la sauvegarde des suberaies et par conséquent de sa biodiversité.

 

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France

Louis Amandier

Centre Régional de la Propriété Forestière

 

La suberaie : biodiversité et paysage

Louis AMANDIER , ingénieur CRPF-PACA — mai 2002

Quelques définitions préliminaires

On désigne par suberaies des peuplements forestiers dominés par le Chêne-liège, en latin Quercus suber. Le mot suber qui signifie liège, s'est transformé dans les langues des pays d'Oc en suve, siouve ou sube qui se retrouvent dans un grand nombre de toponymes des régions où cet arbre est présent. L'originalité de cette espèce est de produire une écorce épaisse, périodiquement récoltable sans trop endommager ou affaiblir les arbres, fournissant du liège, matériau assez unique pour ses propriétés physiques, chimiques, esthétiques, etc.

La biodiversité ou diversité du monde vivant, est un concept relativement récent (années 80) mis en avant par des politiques visant à protéger la nature en péril, essentiellement, à l'origine, des forêts tropicales. Le mot est devenu à la mode dans les années 90 et il fait à présent partie du vocabulaire des chercheurs en biologie et des aménageurs. Il est consacré par des programmes européens tels que Natura 2000 dont l'objectif premier est de préserver la richesse biologique des territoires. La notion de biodiversité très englobante et commode dans les discours politiques doit impérativement être précisée pour revêtir un contenu scientifique. Comme souvent dans les concepts liés au vivant, plusieurs niveaux de perception sont emboités du microscopique au macroscopique. Ainsi on peut parler de la diversité des gènes au sein d'une population, de la diversité des espèces sur une station donnée ou encore de la diversité de la structure d'un peuplement forestier, ou encore de la diversité des écosystèmes ou écocomplexes qui forment le paysage.

Par ailleurs, le monde vivant étant caractérisé par une très grande complexité, il est quasiment impossible d'aborder à la fois tous ses compartiments ; il convient donc de préciser une cible : diversité des oiseaux, des plantes à fleurs, des insectes, des coléoptères, des papillons, etc., étudiés en fonction des goûts et compétences des naturalistes.

Le concept de rareté, est lié à la biodiversité. Ainsi, la disparition d'une espèce rare diminue de façon irréversible la diversité génétique de la biosphère. Cette notion doit être relativisée en fonction de l'aire de répartition des espèces. On distingue ainsi quelquefois une biodiversité banale et une biodiversité exceptionnelle. La première dépend largement du niveau de perception. Ainsi, au niveau mondial, la suberaie est une formation végétale plutôt rare et originale ; vue de Bruxelles, c'est un habitat d'intérêt communautaire ; vue des Aspres ou des Maures, c'est une forêt omniprésente et banale. La biodiversité exceptionnelle concerne des espèces présentes en petit nombre d'individus sur des stations peu étendues. C'est le cas des mares temporaires méditerranéennes sur milieux acides qui recèlent des espèces très rares car très localisées : divers Isoetes, etc. . Il s'agit alors, pour Natura 2000, d'un habitat d'intérêt communautaire dit prioritaire.

Le paysage est un concept très anthropocentrique. Dans son acception la plus courante, c'est le panorama que le regard peut embrasser à partir d'un point donné en balayant l'espace alentour. Il est fréquent de distinguer au moins deux échelles de perception : le paysage "vu", sur un versant de colline par exemple et le paysage "vécu" en traversant une forêt, une zone cultivée, etc..

Le Chêne-liège : une essence originale sur le
plan écologique, sa biodiversité génétique

Le Chêne-liège occupe une place bien particulière au sein de la forêt méditerranéenne. Son écologie le cantonne aux sols dépourvus de calcaire, aux conditions climatiques relativement modérées du littoral : hivers doux, sécheresse estivale tempérée par une certaine humidité atmosphérique. En France, ces conditions sont réunies en Aquitaine, dans le sud du Var, les Pyrénées-Orientales et la Corse.

C'est une essence zonale, c'est à dire qui est liée à un type de climat thermique. Il est présent dans l'étage thermoméditerranéen de la frange littorale, il occupe tout l'étage mésoméditerranéen et parvient quelquefois à se maintenir dans le supraméditerranéen. La zonalité exprime la correspondance biogéographique observée entre les ceintures de végétation qui se superposent dans les régions montagneuses quand on s'élève en altitude, et les zones de végétation un peu équivalentes que l'on parcourt en remontant l'hémisphère nord en suivant un méridien. Ainsi, par exemple, la hêtraie caractérisant l'étage montagnard du sud de la France, vers 1000 m d'altitude, se retrouve en plaine dans le centre de l'Europe. Une essence zonale occupe presque tous les milieux au sein de son étage de végétation. Ainsi, le hêtre est partout dans l'étage montagnard, depuis le bord des rivières jusqu'aux rochers escarpés. La plupart des formations végétales de cet étage : pelouses, landes, pinèdes… évoluent naturellement, en l'absence de perturbation, vers la forêt de hêtre que l'on considère alors comme climacique. Le climax a été ainsi défini par Henri GAUSSEN comme un stade d'évolution relativement stable et pérenne atteint par une végétation naturelle, en l'absence d'action humaine au bout d'une période de cent ans.

Le Chêne-liège est zonal. On le trouve bien depuis le bord des eaux jusqu'aux rochers, dans presque tous les milieux. Pendant longtemps, les biogéographes et les phytosociologues l'ont même considéré comme climacique tant il donnait l'illusion de régner sur son étage de végétation. Depuis les années 60, beaucoup de suberaies ont été abandonnées par l'homme et l'on constate qu'à la différence d'une espèce véritablement climacique, le Chêne-liège ne résiste pas à la concurrence de plus grands que lui, à savoir le Chêne vert, le Chêne blanc et même les grandes espèces du maquis telles que l'Arbousier. Il apparaît de plus en plus clairement qu'en l'absence d'intervention du sylviculteur, la suberaie est une forêt menacée de disparition. Forêt à la fois zonale et très liée à l'action de l'homme, la suberaie apparaît ainsi sur le plan écologique comme assez unique et très originale.

Les documents historiques montrent bien que le Chêne-liège a été considérablement favorisé par l'homme depuis le 18ème siècle par semis, plantation, dégagement de la concurrence des autres essences, par toute une sylviculture particulière appelée subériculture visant à produire le meilleur liège en qualité et en quantité.

Le statut d'essence autochtone n'est cependant pas contesté car dans certaines stations littorales rocheuses, où la concurrence ne peut l'éliminer, il a pu se maintenir depuis toujours naturellement. Les grandes glaciations du quaternaire l'ont refoulé dans les pays du Sud, Espagne et Italie tandis que se cramponnaient quelques individus sur les falaises maritimes abritées des grands froids. Le réchauffement qui a suivi a entraîné une remontée vers le Nord du Chêne-liège qui, au passage, s'est plus ou moins hybridé avec le Chêne vert. Cette introgression de gènes de Chêne vert confère au Chêne-liège une plus grande plasticité écologique une plus grande adaptabilité aux milieux. Elle a été reconnue (Roselyne LUMARET) dans les populations de Catalogne et non dans celles des Maures qui n'aurait pas bénéficié des avantages de ce flux migratoire et dont la biodiversité génétique serait donc plus étroite. Les Chênes-lièges d'Aquitaine appartiennent, quant à eux, à une sous-espèce particulière : Quercus suber occidentalis.

 

La suberaie : biodiversité et paysage

Une forêt assez ouverte et multistrate

Le feuillage du Chêne-liège est assez léger et transparent et la suberaie dans son état optimal est un peuplement forestier relativement clair où les arbres ne couvrent qu'environ 60% du terrain. La lumière du soleil peut ainsi parvenir en suffisance aux strates basses. De plus, traditionnellement, les forestiers gérent les suberaies en "futaie jardinée", c'est à dire en faisant cohabiter des arbres de tailles et d'âges variés. Cette structure horizontale et verticale variée introduit une grande hétérogénéité dans l'éclairement du sol. Ainsi sous la suberaie peut se développer un sous-bois assez riche : arbustes et petits ligneux du maquis, nombreuses espèces herbacées, comportant à la fois des espèces sciaphiles (d'ombre) et des espèces héliophiles (de lumière).

Cette richesse spécifique se conjugue avec une certaine originalité écologique. Les sols portant du Chêne-liège étant dépourvus de calcaire et généralement acides, la flore qui s'y développe est de type calcifuge. A côté d'espèces méditerranéennes assez ubiquistes telles que le Lentisque, les Philaires, le Ciste de Montpellier… on trouve des espèces plus strictement inféodées aux sols acides telles que la Bruyère arborescente, l'Arbousier, la Lavande stœchade, la grande Brize, etc.

Sur l'arc méditerranéen assez largement dominé par des formations géologiques sédimentaires contenant du calcaire, les roches cristallophylliennes ou métamorphiques qui en sont dépourvues, apparaissent comme plus rares, ce qui a vallu à cette flore calcifuge méditerranéenne une attention particulière de la part des naturalistes et protecteurs de la nature.

Lorsque la suberaie est abandonnée, les ligneux du sous-bois conjugués aux arbres concurrents que sont principalement le Chêne vert et le Chêne blanc, finissent par fermer le peuplement et faire régresser le Chêne-liège — comme nous l'avons déjà évoqué plus haut — mais également toute cette flore originale héliophile et calcifuge.

A cette échelle d'observation, celle du peuplement forestier ou de la formation végétale, le lien entre biodiversité et paysage se perçoit assez bien. A la différence de la biodiversité génétique et de l'originalité biogéographique et floristique qui sont des concepts importants mais un peu abstraits, la structure et la composition des formations végétales, correspondent assez bien aux unités paysagères accessibles aux regards du promeneur. Le paysage vécu est bien perçu comme un espace topographique (pente, exposition) habité par une biomasse irrégulièrement répartie et colorée par le vert de la chlorophylle, le gris du liège et les pigments des fleurs. C'est ici seulement qu'intervient la diversité de la flore ; il ne s'agit bien sûr que des espèces les plus abondantes, dominantes au sein du groupement végétal. Ainsi une suberaie claire surmontant un tapis rose de Cistes de Corse offre, au mois de mai, un spectacle assez rare. Quand il s'agit du Ciste de Montpellier, le tapis végétal se constelle de fleurs blanches. Le Chêne-liège lui-même par son architecture propre, par sa structure très apparente, tronc et charpentières assez peu masquées par un feuillage assez clair, contribue largement à l'esthétique de ces peuplements.

La suberaie offre certains paysages typiques et particulièrement appréciés des promeneurs. Il s'agit de structures de peuplements originales ne comportant que deux strates : une strate arborée de chênes, et une strate herbacée de pelouse. Il s'agit là, surtout quand les arbres ont été récemment démasclés, offrant au regard leurs troncs orangés, d'un paysage très beau — avec toute la subjectivité que celà suppose — mais très artificialisé, car maintenu par une action humaine continue : labour périodique, pâturage, gyrobroyage, etc.. En Espagne et au Portugal, ces formations végétales agro-sylvo-pastorales occupent encore de vastes surfaces et sont dénommées respectivement "dehesas" et "montados". En France, elles sont quelquefois reconstituées sur des pare-feu ou coupures stratégiques entretenus par du bétail (sylvopastoralisme).

Une palette de peuplements et de paysages
en fonction des stations écologiques …

La suberaie c'est aussi, au-delà du seul Chêne-liège, un complexe d'écosystèmes en inter-relations fonctionnelles. Nous rejoignons là le concept de paysage vu, lorsque le regard peut embrasser un panorama assez vaste. En effet, par son caractère zonal, la suberaie couvre une grande gamme de milieux, depuis les bord des eaux vives — le Chêne-liège ne supporte pas les eaux stagnantes — jusqu'aux fentes de rochers. Les variations de l'ensoleillement, de l'épaisseur du sol et, surtout, de la quantité d'eau pouvant y être emmagasinée, induisent plusieurs types de groupements, depuis les suberaies à Cytise triflore et à Fougère-aigle des bas de pente ubac, mêlée parfois de Châtaignier, les suberaies d'adret à Calycotome, jusqu'aux suberaies xérophiles des crêtes, avec Ajonc de Provence, Genêt pileux, Callune, Lavande… en passant par des suberaies de versants à Arbousier et Bruyère arborescente.

… et des stades dynamiques

La variété des stations n'est pas le seul facteur de biodiversité des espèces. La dynamique végétale intervient très largement pour expliquer les variations de composition spécifique et aussi de structure des végétations observées. A partir d'une forêt initiale, le défrichement pour gagner des terrains de culture a été pendant des siècles un facteur d'évolution dite régressive. En effet, ces labours ont entraîné une certaine perte de sol par érosion des particules fines. Il faut savoir que sur ce type de terrains, les sols sont généralement sableux et mal structurés, très sensibles à l'érosion qui a tôt fait de ne laisser que des champs de cailloux. C'est le cas du vignoble de Banyuls où les vignerons autrefois remontaient dans des corbeilles la terre entraînée par les pluies d'orage. L'agriculture vivrière sèche qui s'était installée sur la partie basse des montagnes— le plus souvent dans l'étage du Chêne-liège — a été abandonnée à l'entre-deux-guerres et la forêt a reconquis ces espaces en friche en passant par des stades de broussaille à Genêt d'Espagne et à rosacées épineuses telles que Prunellier, Aubépine, Ronce, etc.. Dans les Maures et en Corse, le Pin maritime trouve sa place d'essence pionnière dans la reconquête forestière, dans cette évolution dite progressive ; il représentait à côté du liège, une ressource économique considérable pour les propriétaires forestiers. Dans les années 60 il a été décimé par un parasite, la cochenille Matsucoccus feytaudi.

Le déclin de l'élevage a suivi, avec un certain décalage, celui de l'agriculture, aussi cet espace a-t-il été envahi par la broussaille, devenant la proie facile de grands incendies. Le feu, indépendamment de son impact très négatif sur les sols, et sur la dégradation du liège et des peuplements forestiers, peut être parfois considéré comme un facteur de diversification lorsque sa fréquence et son intensité ne sont pas trop excessifs. Le Chêne-liège y survit généralement grâce à des bourgeons dits épicorniques, protégés par le liège isolant ; le paysage peut y gagner en variété mais pas les peuplements forestiers qui deviennent de plus en plus clairs, transformés en maquis arborés puis en maquis simples particulièrement monotones. Bien entendu, lorsque les feux sont gigantesques (deux feux de plus de 10 000 ha chacun dans les Maures en 1990), la monotonie du paysage noirci jusqu'à l'horizon, n'est pas préférable à celle des maquis de cistes !

La stabilité des paysages de suberaie

La gestion traditionnelle en "futaie jardinée" qui maintient en permanence diverses classes d'âge et de taille sur la même parcelle, garantit une pérennité du couvert arboré et par conséquent du paysage végétal. Par ailleurs, l'écosystème suberaie se distingue par sa grande résilience, sa grande résistance à des agressions telles que l'incendie. En effet, en quelques années, les plaies du feu sont encore visibles mais la végétation, la flore et la faune retrouvent un état proche de l'initial. On peut citer là les travaux de Roger PRODON sur l'avifaune.

La préservation des suberaies : menaces et espoirs

La principale menace pour la suberaie est la dynamique végétale naturelle qui, en cas de non-gestion, a tendance à fermer le couvert et à éliminer le Chêne-liège ainsi que la flore héliophile qui lui est associée. La suberaie a besoin de l'homme ; c'est là sa grande originalité mais aussi sa faiblesse. Après une phase d'abandon à la fin du siècle dernier, il est permis d'espérer que l'embellie sur le prix du liège se maintiendra et stimulera l'intérêt de propriétaires qui réaliseront le minimum de travaux nécessaires au maintien et à la régénération de ces forêts. Souhaitons que des aides publiques adaptées viennent les encourager.

Par ailleurs, le risque d'incendie, toujours élevé dans ces forêts, a poussé les forestiers et les aménageurs du territoire à installer des pare-feu et des grandes coupures en réhabilitant localement une forme de pastoralisme très favorable sur le plan de l'esthétique des paysages et du maintien de la diversité de la strate herbacée.

Nous avons vu également que l'Union Européenne se préoccupait de la préservation de la biodiversité des suberaies, habitat d'intérêt communautaire ; sa participation financière à la remise en production et à la régénération des suberaies par leurs propriétaires serait particulièrement bien accueillie, que ce soit sur les sites Natura 2000 ou à côté.

 

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France

Hélène Chevallier

Ingénieur Forestier

 

Suberaie et biodiversité : enjeux et gestion

 

Fragilités et menaces

La Suberaie est reconnue comme un espace forestier intéressant à l’échelle européenne et qui a valu son inscription comme habitat de la Directive européenne.

Le maintien de la suberaie dépend en grande mesure de la possibilité de la continuation ou de la reprise de la subériculture, donc de l’action de l’homme.

 

Contexte général :

Abandon des pratiques de subériculture

 

 

suberaie

abandon de l’entretien

Conséquences :

 

.perte du potentiel liège

.vieillissement des chênes liège

.sensibilité accrue aux pathogènes (champignons et insectes)

.disparition de l’habitat " Suberaie "

.

.

.

développement des

strates arbustives

développement des

strates arbustives

.augmentation des risques d’incendies

.stratification verticale augmentée (favorable à l’avifaune)

¯

¯

.

Chênaie verte

conditions très sèches

Chênaie verte / pubescente

en conditions plus favorables

.changement de types forestiers

différents faciès selon les types de station

.sylviculture à adapter (bois de chauffage, bois d’œuvre)

 

On notera une fois de plus le caractère artificiel de la suberaie " pure ", liée à l’entretien et à l’activité de production de liège, d’autant plus que de nombreux peuplements de chêne liège visibles aujourd’hui sont issus de plantations.

La dynamique naturelle conduit à des peuplements mélangés, de chênes lièges et de chêne vert et/ou de chêne pubescent, qui peuvent aller jusqu’à disparition du chêne liège quand celui-ci n’est pas complètement adapté à la station.

 

Les incendies

Les risquent d’incendies sont très élevés dans la région, sur les deux massifs concernés, du fait de la forte influence méditerranéenne. Les précipitations sont mal réparties sur l’année et la sécheresse estivale marquée associée à des vents violents augmentent la sensibilité des peuplements au feu.

Le passage répété de feu entraîne sur les peuplements de chêne-liège :

 

 

.

.

- la mort du peuplement si celui-ci était démasclé récemment ;

- une dégradation de la vitalité des arbres

- la perte du liège de qualité (brûlé)

- une sensibilité accrue aux agressions extérieures

 

â á

. .

maquis dense à Bruyères,

Arbousier, Calycotome

. .

â á

maquis bas à Bruyère arborescente

et Lavande stoechade

.

- une dégradation de la formation végétale " suberaie "

- une concurrence accrue du maquis, favorisé par l’incendie

- une augmentation du risque incendie

â á

pelouse

à Poa bulbosa

. .

 

Comment allier les différents intérêts et enjeux ?

Principes de base

Les illusions à ne pas perdre de vue…

- les contextes économique et humain rendent impossible un " simple " retour en arrière pour retrouver les paysages de suberaie d’il y a 50 ans

- la restauration des suberaies ne peut se suffire à elle-même pour un seul intérêt paysager ou de conservation d’un habitat. Les coûts de restauration sont importants, ils doivent donc dans la mesure du possible être orienté vers les boisements susceptibles de produire du liège et de rendre ainsi envisageable une compensation de l’investissement …

Les priorités…

Rappelons la hiérarchisation des priorités assignée par les pouvoirs publics à la politique de protection des forêts contre les incendies :

1. Protéger les hommes

2. Protéger la forêt et, le cas échéant, certains milieux associés.

(Roussel J.L., in Rigolot E, Costa M., 2000)

D’où des nécessités…

- une approche multiple : en associant la protection contre les incendies qui va de paire avec la conservation du patrimoine naturel de la suberaie, avec le maintien et le soutien d’une activité humaine

- la synthèse des connaissances et leur transfert vers les gestionnaires ;

- la réalisation d’inventaires précis et le financement des surcoûts liés à la réalisation des études et opérations d’entretien, liés aux opérations de protection préconisées.

 

Deux approches complémentaires

Deux enjeux principaux de protection de l’écosystème " suberaie " :

v la suberaie en elle-même, contre une banalisation et une perte de l’habitat, par abandon des pratiques

v la protection de la suberaie contre les incendies, dans un schéma global de protection de massif (DFCI, DPCI).

Les tableaux qui suivent font état en fonction des objectifs écologiques, les préconisations à donner et surtout des cohérences et compromis avec l’enjeu DFCI.

Ces éléments sont issus des expériences menées dans les Pyrénées Orientales et sur l’ensemble du pourtour méditerranéen (Languedoc-Roussillon, PACA), où les problématiques et les réflexions sont similaires.

 

Tableaux de synthèse des enjeux

voir tableaux pages suivantes

(extraits de " Approche environnementale de la Suberaie, Charte Forestière des Albères, 2002 – Pays Pyrénées Méditerranée ")

 

Objectifs :

restauration de

la suberaie

Sensibilité à l’incendie

Moyens à mettre en œuvre en priorité

Précautions

Inconvénient

Suberaie denses :

.permettre l’accès aux arbres

très forte

.opérations syvicoles : ouverture de layons, entretiens

.entretien par bétail (bovin) : abroutissement et piétinement (transhumance hivernale)

 

S‘assurer avant toute opération de restauration de l’adaptation du Chêne liège à la station par d’éventuels signes de dépérissement (séca)

.

Maquis à Chêne liège, domination

des stades arbustifs et herbacé

très forte

.premier débroussaillage : broyeur mécanique

.entretien : un troupeau caprin peut s’avérer plus adapté pour créer et maintenir des ouvertures dans des milieux denses de type maquis

.

 

.faciès dégradés coûteux en aménagements et entretien avant de trouver un retour économique (zootechnique et forestier)

.caprin : troupeau plus exigeant en suivi et complémentation

Suberaie claires

modérée

.

 

Ne pas rechercher le vide complet sous les chênes lièges :

à diminue les possibilités d’abri pour les espèces

à conduit à la fabrication d’un liège de mauvaise qualité, crevassé et irrégulier.

.

Suberaie pâturée

faible à modéré

.maintien du pâturage

.introduction de légumineuses en complémentation :

les troupeaux acceptent alors plus facilement de consommer les autres espèces peu appétentes

 

Attention au surpâturage :

à érosion des sols

.

 

 

Objectif de protection des milieux

.

Moyens à mettre en oeuvre

Préconisations

.

Compromis

.

Moyens DFCI

Objectifs DFCI

Mosaïque de milieu

Ouverture

.broyage

.conservation d’une trame arborée lâche

.conservation d’une matte autour des arbres

.suivi de l’évolution des milieux ouverts : apparition d’espèces nouvelle

>

cohérence des objectifs (ouverture)

moyennant un respect de distances

entre alvéoles de végétation

en fonction de la structure de la végétation (peuplement en régénération, adulte en futaie, par bouquets ou mixtes)

.

 

.création de coupures de combustible

à réalisation de ruptures de végétation verticales et horizontales

.présence d’alvéoles arborées ou arbustives sur la coupure

à rugosité du couvert végétal

 

.créer des zones favorables à la lutte contre les incendies

à réduire la végétation combustible

à réduire la puissance de feu

 

 

.

Entretien

.pastoralisme, à cantonner aux zones biologiquement faibles

à sur-semis à envisager

à éviter surcharge : érosion des sols, et facilitation du développement d’espèces de cistaies et maquis, plus inflammables

<

cohérence des objectifs et des moyens

sauf priorité de protection civile

(pour le cantonnement aux zones biologiquement faibles)

<

.

 

.

 

 

 

Objectif de protection des milieux

(suite)

.

Moyens à mettre en oeuvre

Préconisations

.

Compromis

.

Moyens DFCI

Objectifs DFCI

Conservation des milieux rares

.

.identifier ou préciser les milieux rares :

à ripisylves

à fond de vallon plus frais

(enjeu pour la faune sur ces milieux frais rares)

à zone de falaise à proximité (nidification d’espèces rares)

.éviter de débroussailler ces zones

 

 

.éviter tout traitement par herbicides

 

 

.

 

.éviter l’installation des parcs sur des zones sensibles (présence d’espèces rares, dérangement)

.apprécier la pertinence du schéma des coupures de combustible

(voir la dynamique de la végétation

par rapport à la sensibilité au feu)

.ces milieux rares correspondent le plus souvent à des zones à moindre risques

 

.ces produits ont parfois tendance à sélectionner des végétaux résistants qui ne constituent pas forcément une meilleure réponse à la DFCI

>

.aménagements pastoraux (équipements de contention et distribution)

.

Limiter les perturbations

. .

<

.cohérence pour un même souci de fréquentation via l’ouverture des massifs au public par ces pistes 

.compromis : couloir vide de végétation le long des piste

(limiter tout pont de végétation)

.

.création d’un réseau de desserte adapté

.créer un front de lutte contre l’incendie

Eléments de conclusion

En préservant ou en restaurant la suberaie, il ne s’agit pas seulement de conserver un écosystème intéressant mais aussi une (sylvi)culture originale.

L’intérêt porté à la suberaie en temps qu’élément du paysage, en tant qu’habitat ou habitat d’espèces, ne fait que renforcer l’image de la suberaie et ouvrir d’autres portes pour pérenniser son entretien.

Il faut donc souligner cette convergence d’intérêts vers la conservation d’un système centré sur le Chêne-liège.

 

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France

Jean-Marie Petiau

ECOSYS

 

la Suberaie : biodiversité et paysage.

Le paysage offre le reflet d’un territoire et met en évidence les relations entre les éléments qui organisent un espace.

Une lecture du paysage de la suberaie sur les deux massifs des Albères et des Aspres peut contribuer à un diagnostic :

L’analyse suggère des orientations stratégiques en faveur du paysage de la suberaie.

 

Les deux massifs et les entités paysagéres de la suberaie.

es deux massifs des Aspres et des Albères bordent l’ouest et le sud de la plaine du Roussillon, amphithéâtre à " l’intérieur d’un arc de sommets dont le littoral constituerait la corde ".

Le massif des Albères et les paysages de sa suberaie

La suberaie offre plusieurs paysages et compose avec un relief montueux. Ainsi, la matrice forestière continue au Nord et à l’Ouest, se disperse aux creux des vallons qui descendent vers la mer à l’Est.

Trois entités paysagères subéricoles peuvent être repérées :

 

Le massif des Aspres et le paysage de sa suberaie

La suberaie des Aspres, élément essentiel du paysage de leur partie basse, est groupée autour d’un épicentre que serait le village de Llauro. Elle offre le paysage d’une seule entité subéricole drapant le relief.

 

Paysage, problématique et enjeux sur 4 secteurs subéricoles

Les hauts de Banyuls

Le paysage écrit une lente hésitation entre forêt, maquis et vigne voire versant dénudé. Le dialogue manque de clarté entre :

La suberaie pourrait participer davantage à la composition d’ensemble en dessinant des taches plus lisibles et une couture qui relierait la matrice forestière des cimes au vignoble, voire à l’espace urbain du bas de la vallée.

En effet, la dynamique paysagère révèle un mouvement de décomposition recomposition important. Ce mouvement peut à terme effacer la mosaïque formée par les boisements épars et la vigne au profit d’un manteau forestier continue, au détriment du chêne liège et des aménagements antérieurs.

Derrière cet enjeu paysager, c’est la remise en question d’un fragile équilibre réalisé entre l’homme et les conditions naturelles (sols, relief et climat).

Les hauts de Valmy

Pour cette entité, le château joue un rôle essentiel dans le paysage qu’il organise :

Le vignoble domanial du Château, en quête d’un nouveau prestige, s’inscrit en lisière de la suberaie et offre une transition périurbaine avec l’agglomération d’Argeles.

Dès la lisière franchie, les coupures vertes pastorales (bovins) et leur équipement marquent le paysage de la suberaie :

Le pâturage d’animaux lourds, occasionne cependant des ravinements sur les pentes avec la disparition de la strate herbacée.

L’absence d’élevage ou pas, qui assure l’entretien du sous bois, produit un paysage différent de la suberaie :

Celle-ci devient exubérante, impénétrable, envahie par la bruyère arborescente, le calycotome épineux, les cistes et autres genêt à balais et donc inflammable avec une plus forte combustibilité.

Outre le risque écologique majeur pour la forêt, le risque porte sur le public nombreux qui fréquente des lieux chargés d’histoire et riches d’aménités

Le col du Perthus

De part et d’autre du col et au-delà, la suberaie omniprésente tapisse les deux versants de la vallée. Elle couvre de son manteau épais et moutonne les reliefs, cédant peu de place dans le paysage.

Le velours de la suberaie forme l’essentiel d’une matrice forestière dense et continue, composante majeure du paysage, de la vallée aux sommets voisins.

La stabilité apparente du paysage recèle cependant l’enjeu de la prévention du risque d’incendie. La configuration de la vallée, orientée Nord Sud sous le vent, et le relief, laissent peu de prise aux interventions parfois dramatiques.

Les alentours de Vivès

Vivès apparaît comme une clairière dans la suberaie dense qui l’entoure et se développe sur les territoires communaux environnants : Llauro, Tordères, Montauriol. Le couvert forestier ne concède que peu d’espace au maquis et aux coupures cultivées.

La suberaie dessine une lisière aux abords du village et des terres cultivées. La lisibilité de celle-ci apparaît cependant compromise par le développement pavillonnaire périphérique et l’abandon des cultures. Or cette lisibilité est essentielle tant d’un point de vue écologique (phénomène d’écotone, propagation des incendies), que paysager car elle concoure étroitement à la composition du paysage.

L’autre enjeu essentiel reste la maîtrise de l’entretien du sous-bois, notamment par l’élevage, déterminant pour la prévention contre les incendies en limitant l’inflammabilité.

Des orientations stratégiques en faveur du paysage

e la suberaie présente depuis l’antiquité, en passant par la suberaie plantée par l’homme pour répondre au besoin en liège de la fin du 18ème siècle, la suberaie d’aujourd’hui possède un potentiel à la fois pastoral, écologique, touristique donc économique, qui s’inscrit dans le paysage et ne demande qu’à se consolider :

De l’analyse qui précède ressort bien l’importance du croisement des enjeux de la suberaie dont la réalisation ne peut qu’être solidaire : l’exploitation du liège - secondaire par rapport à la prévention contre les incendies - peut néanmoins concourir à en diminuer le coût ; l’élevage - tributaire de la reconnaissance de son rôle à la fois environnemental et social, voire touristique – valorise et protège la forêt.

La suberaie, comme une part de plus en plus importante de la forêt française, est appelée à être, aujourd’hui plus qu’hier et sans doute moins que demain, multifonctionnelle pour un " ménagement durable " de nos territoires.

En gardant constamment à l’esprit l’interdépendance de la réalisation des enjeux, deux grandes orientations stratégiques, du point de vue de la qualité du paysage de la suberaie et plus largement des deux massifs, peuvent être formulées :

  1. Pérenniser et développer l’entretien des sous-bois, en adoptant notamment des pratiques de pâturage raisonnées qui observent encore plus étroitement l’équilibre des milieux et leur diversité.
  2. Affirmer la composition d’un paysage de la suberaie et de ses environs qui soit le reflet d’un territoire forestier structuré pour la réalisation croisée de ses enjeux.

Entretenir les sous-bois par le pâturage, un attrait paysager

Une part conséquente des sous-bois est entretenue par l’élevage et il est important de rappeler combien est essentiel cet entretien. En effet, la protection contre les incendies qui est, et doit rester omniprésente comme principe fondateur de la gestion des espaces forestiers méditerranéens, produit un paysage de suberaie " ouverte ". Celle-ci est en opposition à la suberaie " fermée ", embroussaillée qui offre une masse inflammable et combustible, propice à l’éclosion des feux et qui entraîne le risque de " mort " du paysage. L’entretien des sous-bois protége sans conteste " la vie " du paysage de la suberaie en évitant la désolation ne serait-ce que temporaire.

Le paysage est donc double entre suberaie entretenue et non-entretenue et bien qu’évidente, l’orientation stratégique en faveur de la première méritait d’être rappelée. Cette orientation s’appuie naturellement sur la production du liège avec comme principal outil de gestion de l’espace : le pâturage, sans exclure d’autres formes d’entretien où ce dernier peut atteindre ses limites.

Mais de ce paysage, façonné aujourd’hui par cet objectif de gestion, dépend non plus seulement la protection de la forêt mais également celle du riche patrimoine historique, ainsi que l’attrait même de la suberaie, sa mise en valeur sociale et touristique. Un sous-bois clair, mettant en scène les levées du liège, parcouru par des animaux, est plus engageant pour le promeneur qu’un chablis obscur, difficilement pénétrable et soustrait à la vue. Il est probable que l’entretien des sous-bois de la suberaie peut maintenant se justifier aussi par l’attente des consommateurs de paysages que sont les promeneurs et randonneurs.

Par ailleurs, des " fenêtres de respiration " sur des vues intéressantes : panorama, mas et autres aménités vernaculaires, peuvent être ménagées pour enrichir et égayer la balade, la découverte des massifs par la suberaie.

 

Le sylvo-pastoralisme s’est imposé comme l’instrument principal de la protection contre les incendies. Marquant le paysage de la forêt avec la présence des troupeaux et les équipements pastoraux, son développement doit cependant s’accompagner de pratiques qui veillent à :

  1. L’équilibre des sols
  2. Des signes manifestes d’érosion apparaissent sur les pentes les plus fortes et les moins pourvues en sols. L’installation et la protection d’un couvert herbacé par semis d’espèces et de variétés adaptées et/ou l’organisation d’un pâturage tournant permettraient d’éviter cette érosion des sols.

  3. La biodiversité

L’ouverture des milieux favorise la diversité spécifique. Mais là aussi, une conduite du troupeau doit influer sur cette diversité. Des itinéraires techniques plus précis seraient intéressants, résultants d’une recherche appliquée validant ou invalidant l’hypothèse de cette influence du pâturage sur la biodiversité de la suberaie.

Composer le paysage de la suberaie et de ses environs

Tel un tableau de maître, le paysage de la suberaie et de ses environs peut répondre à une composition recherchée qui favorise les productions forestière et pastorale, ses fonctions écologique, sociale et touristique, sans omettre le " beau ". Trois partis paysagers complémentaires peuvent être proposés à cet effet.

  1. Développer et affirmer le paysage de petite " dehesa "
  2. Le paysage de " dehesa ", a déjà été évoqué dans l’analyse. Il s’agit d’un paysage typique d’Espagne (cf. encadré).

    La redistribution spatiale de l’occupation des sols sur les deux massifs est importante et déjà ancienne : les friches se sont développées sur les vieilles terrasses et replats cultivées, maintenant boisés naturellement. La limite s’est estompée entre ce qui reste cultivé (Ager), le maquis (Saltus) et la forêt (Sylva) en extension sur les flancs des massifs comme sur leur piedmont.

    Un paysage de petite " dehesa " avec le chêne liège, peut offrir une alternative à la suberaie dense pâturée et une combinaison des trois composantes de l’espace agraire : cultures, lande ou maquis, forêt. Le paysage s’en trouverait diversifié et traduirait un meilleur potentiel sylvo-pastoral, écologique et paysager, à la croisée des besoins pour la réalisation d’enjeux solidaires : production et protection forestière, amélioration des parcours, cultures fourragères,...

    Les forêts méditerranéennes de chênes verts, chênes-lièges et chênes rouvres qui, dans l’Antiquité, couvraient le territoire espagnol du nord au sud, sont devenues, suite aux avatars de l’Histoire et à l’action des hommes, de grandes extensions clairsemées, appelées "dehesa", que l’on trouve dans les régions de l’ouest et du sud-ouest espagnol.

    L’étendue actuelle de la "dehesa" en Espagne est de 2.300.000 hectares, essentiellement des chênes verts qui représentent à peu près la moitié de la superficie totale de cette espèce dans le monde.

    La "dehesa" est un écosystème complexe, qui permet des usages très variés. On y trouve fréquemment des cultures de céréales, ainsi que des pâturages mixtes de porcs ibériques, vaches " retintas " et moutons mérinos, chaque animal utilisant l’aliment le mieux adapté à ses besoins.

    Outre les pâturages mixtes et l’agriculture, elle permet la chasse et l’apiculture, et la récolte de bois de chauffage et de liège, ainsi que la production de charbon de bois.

    La "dehesa" es